L'occupation marocaine du Sahara Occidental est un acte terroriste
par Fadel Ismail*
Aujourd'hui, après le déclenchement, le 7 octobre 2001, des opérations militaires américaines en Afghanistan, en réaction aux attaques du 11 septembre contre le WTC à New York et le Pentagone à Washington, « la guerre contre le Terrorisme » est bien partie. L'une des questions qui se posent dès lors est de savoir de quel terrorisme s'agit-il ? Et par conséquent, qui est terroriste et qui ne l'est pas ? Je n'ai nullement l'intention d'ouvrir un débat ou de provoquer une polémique sur la guerre qui se passe actuellement. Mais je voudrais cependant exprimer quelques idées en guise de réponse à cette question. Vos commentaires critiques à ce sujet sont les bienvenus.
Dans sa guerre de libération contre le nouveau colonisateur marocain, qui a pris la place de l'ancien colonisateur espagnol sans que le peuple du Sahara Occidental ait l'opportunité d'exercer son droit inaliénable à l'autodétermination, le peuple sahraoui fait face à une guerre coloniale sous toutes ses formes. Cette guerre, de par les atrocités qu'elle fait subir aux Sahraouis depuis l'invasion militaire du Sahara Occidental en 1975, constitue à mon sens un véritable acte de terrorisme. En effet, envahir militairement le Sahara Occidental, assassiner des populations sans défense à coups de bombardements aériens au napalm et au phosphore blanc, massacrer par dizaines et par centaines des hommes, des femmes et enfants sahraouis et les jeter dans les fosses, n'est-ce pas du terrorisme ? Mettre dans les prisons marocaines des milliers de Sahraouis, maintenir pendant cinq, dix, quinze ans en prison des détenus sahraouis dans des conditions horribles, n'est pas du terrorisme ? La répression dans le sang des manifestations des populations sahraouies dans les zones occupées du Sahara Occidental, comme ce qui s'est passé à El-Aaiun en septembre 1999, n'est-ce pas du terrorisme ? Maintenir des milliers de personnes sous le joug de l'intimidation et de l'humiliation, n'est-ce pas du terrorisme ? Priver un peuple de sa liberté, l'agresser dans sa chair, dans sa dignité et dans sa vie, et ce plus de 25 ans durant, n'est-ce pas du terrorisme ? Déposséder illégalement, par la force, un peuple de son territoire, usurper ses droits, piller ses richesses, voler ses biens, n'est-ce pas du terrorisme ? Empêcher, par la force militaire, un peuple colonisé d'exercer son droit de choisir librement son destin, opposer un refus arrogant à la légalité internationale en refusant de coopérer pour la mise en œuvre du Plan de règlement du problème Sahara Occidental &endash; pourtant accepté officiellement et publiquement dix ans auparavant par le roi et le gouvernement marocains &endash; et rejeter le référendum d'autodétermination prévu par ledit Plan après la réunion de la quasi-totalité des éléments nécessaires à son organisation, n'est-ce pas du terrorisme ? Les dégâts de l'action isolée &endash; aussi barbare soit-elle - d'un terroriste ou d'un groupe de terroristes contre un ou plusieurs établissements &endash; même entraînant des morts et des blessés &endash; sont certes regrettables et condamnables. Cependant ils ne sont pas comparables aux dégâts humains, psychiques, matériels et politiques de l'action coloniale continue, étalée sur des décennies d'un pays agresseur contre un peuple agressé. Une action terroriste d'un jour &endash; voire d'une heure &endash; ne peut être comparée à l'action terroriste généralisée, ininterrompue, de plus d'un quart de siècle.
L'occupation coloniale marocaine du Sahara Occidental constitue donc un acte terroriste. Les auteurs de cet acte, les gouvernants marocains &endash; je dis bien les gouvernants - sont des terroristes. Le peuple sahraoui est la victime de ce terrorisme. Le peuple marocain, auquel on a imposé la guerre du Sahara pour le détourner de sa propre bataille &endash; celle qu'il doit mener contre le Makhzen pour la démocratisation du pays - en est une autre.
D'autre part, vous conviendrez avec moi que la victime du terrorisme ne peut pas être à son tour, en même temps, terroriste. Il n'est ni normal, ni logique, ni rationnel de considérer l'action d'un peuple en lutte pour sa liberté ou celle d'un combattant qui se bat avec les siens, dans la légalité, contre un agresseur, un colonisateur ou un occupant - comme c'est le cas au Sahara Occidental notamment &endash; comme relevant du terrorisme. Je dis cela parce que l'on a tendance, dans certains milieux, à confondre intentionnellement, avec légèreté, agressé et agresseur. Serait-il normal, par exemple, de qualifier les manifestants sahraouis dans les zones occupées du Sahara Occidental ou au sud du Maroc de terroristes alors qu'ils sont des militants qui revendiquent pacifiquement le respect du droit de leur peuple à l'autodétermination et à l'indépendance. Serait-il acceptable de qualifier de « terroristes » les combattants sahraouis si ces derniers décideraient demain de reprendre les armes contre le colonisateur marocain si celui-ci ferme définitivement la porte au référendum exigé par l'ONU et l'OUA ? Il est donc évident qu'un combattant se battant pour une cause juste, en l'occurrence pour la liberté de son peuple et pour la libération de sa patrie, ne peut être qualifié de terroriste, alors que oui, par contre, l'agresseur de son peuple et de son pays est bel et bien un terroriste. Il ne doit pas y avoir d'ambiguïté entre ces deux situations diamétralement opposées, car il n'y a pas d'ambiguïté entre la justice et l'arbitraire.
Par ailleurs, il n' y a pas deux terrorismes : l'un inacceptable et condamné (car frappant les intérêts des puissants) et l'autre accepté et toléré (car frappant les faibles, les sans-défense). Il ne doit pas y voir deux poids deux mesures en traitant le terrorisme. Le terrorisme, comme le colonialisme, est un et n'a pas de couleur. Il s'agit toujours du même comportement, partout, dont las caractéristiques universellement connues sont forcément l'agression, la violation de la légalité, le mépris des vies humaines, l'égoïsme, le chauvinisme et l'arbitraire entre autres.
En conséquence, il y a lieu aujourd'hui de parler de TERRORISME MAROCAIN et de le combattre en tant que tel. Les Amis du peuple sahraoui et ses soutiens en Europe et en Amérique doivent interpeller leurs gouvernements et leurs opinions nationales sur cette question. Pour leur part, les Sahraouis doivent convaincre la communauté internationale de la nature terroriste de l'occupation marocaine du Sahara Occidental. Cette dernière réunit en effet les éléments essentiels du terrorisme que le monde entier est aujourd'hui unanime à condamner et à combattre, même si les opinions diffèrent ici et là sur les politiques à suivre, les voies à prendre et les moyens à utiliser à cette fin.
Fadel Ismail*
*ex-ambassadeur de la RASD auprès de l'OUA et nouveau représentant du Front POLISARIO au Royaume Uni